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UNIVERSITE DE ZIGUINCHOR - Budget dérisoire, infrastructures d’accueil insuffisantes : Premiers pas dans la douleur

Pleine Page Publiée le Lundi 17 septembre 2007


.(Photo: Le Quotidien)

 

UNIVERSITE DE ZIGUINCHOR - Budget dérisoire, infrastructures d’accueil insuffisantes : Premiers pas dans la douleur

7h 45mn. L’université de Ziguinchor, qui a ouvert ses portes en février dernier, accueille ses étudiants. Certains tout en sueur, arrivent à pieds, quelques uns en vélo, en moto, ou en taxi. D’autres débarquent de l’unique bus de transport en commun qui s’est garée devant l’entrée principale de l’université. Chaque matin, ce bus part des quartiers de Kandé, du rond-point Jean Paul II, du rond-point Esso et Bellal Ly et du collège Charles Lwanga pour ramasser ses clients.

Dans l’enceinte de l’université, des hommes en train de souder du fer. Au loin, derrière la bibliothèque, d’autres s’affairent à la construction du campus social et du restaurant. Dans cette cacophonie des étudiants consultent le tableau d’affichage, s’ils ne sont pas assis sur les rebords des vérandas des salles de cours. Un tour dans les bureaux a permis de constater que l’administration de même que les salles de classe et la bibliothèque, qui en février dernier n’avaient pas d’électricité, ni téléphone, ni même de l’eau, commencent à fonctionner. Aucun bureau n’est équipé d’ordinateur. Les inscriptions se faisaient à la main. «Actuellement, l’université de Ziguinchor fonctionne normalement comme les autres universités. Cela n’a pas été le cas au début, parce qu’en février nous avons donné des cours sans eau ni électricité pendant deux semaines. Les étudiants comme les enseignants ont subi ces rigueurs. L’administration a essayé d’atténuer ces difficultés en important de l’eau. Tout le monde a compris qu’il fallait ouvrir cette université. Le démarrage n’a pas été facile, parce que c’est une nouvelle structure. Il fallait revoir et arranger les emplois du temps», explique le professeur Amadou Tidiane Bâ, recteur de l’université. «Mes 21 professeurs, pour la plus part, étaient des débutants, mais comme ils étaient tous qualifiés, ils n’ont pas eu de problèmes pour donner les enseignements. Et ils se sont vraiment consacrés à donner des cours», ajoute-t-il.

L’université de Ziguinchor a commencé ses enseignements avec le système LMD et ses deux semestres avec leurs examens partiels en juin et septembre 2007. S’y ajoute une session de rattrapage prévue en novembre, afin de «permettre aux étudiants de se reposer tout le mois d’octobre». Selon le recteur Amadou Tidiane Bâ, leur première année scolaire est satisfaisante, sans perturbation, si ce n’est une seule grève, le temps d’un week-end, pour réclamer des bourses. «Ils étaient partis en grève pour une question qui était déjà réglée. Ils parlaient de bourses mais les bourses étaient déjà réglées, parce que le gouvernement du Sénégal en avait déjà donné 210», explique Pr Bâ. «Je savais que le reste, 45 étudiants ne pouvaient pas bénéficier de bourses du gouvernement parce qu’au plan national, le gouvernement du Sénégal donne 1 lot. Et maintenant en fonction du nombre d’étudiants qu’il y a dans chacune des universités, la Direction des bourses donne un quota», poursuit-il. Ainsi, le recteur dit avoir pris contact avec les conseils régionaux de Ziguinchor et Kolda et la municipalité de Ziguinchor pour leur «demander d’assister la quarantaine d’étudiants qui ne seront pas boursiers. Ils ont maintenant leurs bourses qui seront versées en une fois. Chacune de ces structures va verser à chaque étudiant non boursier une somme de 100 000 francs pour leur permettre d’être dans les mêmes conditions d’études que leurs camarades boursiers».

UNE BIBLIOTHEQUE TROP EXIGUE

Par ailleurs, c’est une salle trop exiguë qui fait office de bibliothèque, avec 150 places seulement. Et les étudiants déplorent l’insuffisance des ouvrages qui sont mis à leur disposition. «L’Etat a fait de gros efforts, mais il reste beaucoup de chose à faire, parce que dans la bibliothèque il n’y avait pratiquement que des livres de 2e année alors qu’il n’y a pas encore une deuxième année. C’était l’une des causes de la grève des étudiants en avril», comment Moussa Diémé, étudiant en 1ère année en informatique appliquée à l’harmonisation des organisations. Gora Lô, l’adjoint au directeur, soutient que la bibliothèque est en train d’être installé. «Les rayons sont arrivés en juin dernier. Le problème des ouvrages va être un vieux souvenir, parce que la coopération française, les associations «Espérance Casamance» basée en Suisse et «Planète école» de France ont offert près de 1000 ouvrages.» Même si c’est «encore très insuffisants pour l’université», soutient M. Lô, qui déplore que ni l’université ni le ministère de l’Education n’aient dégagé un fonds pour l’achat de bouquins pour la bibliothèque. Car, ces dons ne répondent pas aux besoins des étudiants même si dans le cadre de la coopération inter-bibliothécaire, l’université Gaston Berger de Saint-Louis leur a prêté des livres de géographie.

«Connaissant bien les besoins des étudiants, il était souhaitable que nous bibliothécaires, fassions nous même la commande des livres qu’il leur faut. Mais, ce n’est pas le cas. Comment peut-on satisfaire nos étudiants si on n’a pas la documentation nécessaire», se demande M. Lô qui indique que 160 étudiants sont inscrits à la bibliothèque qui fait au moins 15 prêts de livres par jour pour une durée de 15 jours. Interpellé le recteur déclare : «Nous avions des ouvrages de 2e année alors que tous nos étudiants sont en 1ère année. Nous, nous en sommes rendu compte après parce que la France a donné pour 50 millions de livres et ces livres étaient déjà en place avant qu’on ne commence.» En outre, annonce M. Bâ, des centaines de nouveaux ouvrages sont attendus, et l’Etat du Sénégal et la Banque mondiale ont prévu de construire une grande bibliothèque d’une valeur d’au moins 500 millions. «Quand cette grande bibliothèque sera construite, tous les étudiants de la sous-région pourront venir y effectuer des recherches parce qu’il y aura toute sorte de livre. Même les professeurs seront aussi intéressés par cette bibliothèque», se réjouit le professeur Bâ qui est, par ailleurs, le directeur de l’Institut de l’environnement pour la faculté des sciences de l’université de Dakar. En attendant, on fait avec les moyens du bord. Et malgré les difficultés l’université a ouvert ses portes. «Il fallait que nous acceptions de consentir ce sacrifice pour aider nos jeunes frères et sœurs», expliquent des professeurs, dopés par le constat selon lequel «les étudiants sont très motivés et s’adonnent entièrement aux études malgré certaines difficultés», précise Babacar Sarr, un prof de droit. «Je suis très content maintenant parce que malgré les difficultés rencontrées à l’ouverture, les professeurs ont tout fait pour réussir leur mission, parce qu’il est de leur devoir d’aider leurs cadets. C’est une fierté pour nous», ajoute Salomon Sambou, un autre professeur.

CONTRAINTES ET AMBITIONS

Par ailleurs, si le problème de l’eau, de l’électricité et du téléphone est réglé, il reste encore celui du restaurant et du campus social qui sont toujours en construction. Les travaux sont encore loin d’être achevés, obligeant au début, certains étudiants à passer la journée sans manger. Face à cette situation, le recteur a pu convaincre une restauratrice d’apporter à manger aux étudiants du lundi au samedi. Au début c’était d’abord des sandwiches et ensuite un repas complet. Selon le recteur, les étudiants acquièrent ces repas dans les mêmes conditions que ceux de Dakar, c’est-à-dire à 150 francs le plat quel que soit le repas et la différence est prise en charge par l’université.

Une salle à manger a été aménagée par la direction de l’université, en attendant l’installation des 3 tentes (commandées à 3 millions) qui vont servir de restaurant provisoires pour que les étudiants puissent manger à l’ombre. Lors de notre passage, les lenteurs dans les travaux du restaurant, sous le contrôle du ministère de l’Habitat, étaient expliquées par une pénurie de ciment.

L’université de Ziguinchor se veut sous-régional, même si pour le moment il n’y figure qu’un seul étudiant de la Guinée-Conakry. La Guinée-Bissau est intéressée et son ministre de l’Education a rencontré le recteur M. Bâ pour discuter des modalités de leur inscription. «Je n’ai pas encore pris contact avec la Gambie. Mais, il y a d’autres étudiants guinéens qui veulent venir. Nous comptons accueillir des étudiants étrangers comme l’université de Dakar, des étudiants de la sous-région qui souhaiteraient continuer leurs études en Casamance», a indiqué le recteur avant de poursuivre : «Dans nos programmes d’enseignement de recherches, nous envisageons non seulement prendre en compte les problèmes de la Casamance, du Sénégal et mais aussi ceux de la Guinée-Bissau, parce que nous sommes très liés, car il y a des produits naturels qui viennent de la Guinée-Bissau qui sont vendus ici et même chose avec la Gambie.»

Le budget de l’université de Ziguinchor est de 500 millions (dont 280 pour payer les enseignants) pour cette année académique. C’est avec ce budget que tous les enseignants sont payés dans l’ordre de millions. Un budget jugé insuffisant pour le bon fonctionnement de l’université du moment où elle compte accueillir de nouveaux étudiants sénégalais et étrangers l’année prochaine, en ouvrant d’autres filières comme le Tourisme, l’Agro-forestière et le Français avec l’appui de la coopération française, commente le recteur.

Par ailleurs, l’université dispose d’un médecin permanent, même si elle a signé une convention avec l’hôpital régional de Ziguinchor où les étudiants peuvent se faire soigner et ne payer que le cinquième des frais. Pour le personnel, l’université qui prend en charge les évacuations a, également, signé une convention avec l’Hôpital principal de Dakar, l’Institut Pasteur, l’Hôpital Aristide Le Dantec et le Chu de Fann. D’ailleurs, selon Pr Bâ, ils bénéficient d’une réduction négociée avec Air Sénégal International de sorte que les étudiants et le personnel de l’université, payent 60 000 francs pour le tarif aller-retour.

Par Erick Salemon Bassène - Correspondant -

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