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Le Symbolier : objet de honte, objet d'humiliation, témoin d'une pratique coloniale dommageable
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Il est bouleversant de
constater que plusieurs écoles primaires en Casamance utilise le symbole
ou symbolier. |
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J’ai entendu un enseignant me dire
“Si je n’humilie pas les enfants . Ce sont eux qui vont m’humilier.” Grave non ?
Il est temps de réfléchir sur les conséquences à long terme des punitions, de
l'éducation par la honte
VOIR ALTERNATIVES A LA PUNITION.
Eduquer sans punitions ni
récompenses commentaires de Vincianne Marlière
Éduquer, du latin " faire sortir de, élever".
Très beau mot qui eut longtemps une connotation péjorative, car d'extraction
populaire. Et pourtant, quel plus beau métier que celui d'ouvrir un enfant au
monde qui l'entoure, lui donner faim de découvertes, respect des autres et de
lui-même, désir de s'engager, aptitude à vivre pour tout résumer.
Quel beau et difficile métier que nous exerçons tous sans y avoir été formés,
souvent d'ailleurs contre l'éducation que nous avons reçue ou du moins ce qui en
elle nous blessait dans les formes autant (voire plus ) que dans le fond.
Éduquer sans punitions ni récompenses.
Tel est le titre d'un petit livre découvert au printemps dernier et qui,
derrière un léger volume de pages cache bien des questionnements.
Il s'adresse tout autant aux parents qu'aux enseignants. L'auteur nous précise
d'emblée qu'il n'espère aucune adhésion immédiate et non critique à ce qui
pourrait paraître être des certitudes. Eduquer sans punition ni récompense est
un chemin en soi qui ne saurait se figer dans les mots et peut rester joyeux.
L'auteur, Jean-Philippe Faure, est parti de son expérience d'enfant éprouvant
très jeune à quel point l'école et les adultes le contraignaient à refouler la
part sensible de son être pour n'entasser en lui que des savoirs et procédures
dont il ne voyait aucune utilité immédiate ou lointaine. Cet " illettré
émotionnel" comme il se présente gardait pourtant en germe au fond de lui
l'envie de découvrir l'éducation qu'il aurait aimé recevoir.
Ce fut chose faite lors de sa rencontre avec le concept de communication non
violente, dont il ne tarda pas à devenir formateur en écoles et institutions.
Quelques constats:
C'est la société qui décide pour nous de ce qui est bon pour chacun d'entre nous
et souvent à seule fin d'une reconnaissance sociale: il vaut mieux encore
aujourd'hui être avocat ou médecin que maraîcher ou électricien.
Ce besoin de reconnaissance a pour conséquence la violence qui, dans un groupe
ou chez une personne, consacre la compétition entre les êtres. Pour obtenir
cette compétition et les résultats qui les valident, les éducateurs recourent
souvent à des injonctionss contradictoires, alternant menaces de punitions et
promesses de récompenses si... En d'autres termes le chantage.
La société sécrète ainsi:
- Une véritable " culture de la peur ", dans laquelle quelqu'un qui paiera son
pain le fera davantage par crainte d'être pris à le voler que par souci de
rembourser l'artisan de son travail. Dans laquelle celui qui respecte les
limitations de vitesse le fait davantage pour éviter l'amende que par attention
à la vie d'autrui. Dans laquelle les individus renonceront petit à petit à la
liberté de dire calmement non, y compris à une loi inique.
- Une culture de l'erreur confondue avec la "faute " Combien de jeunes sont
davantage intéressés par la note que va mériter leur copie que par le trajet
global d'apprentissage dans lequel s'insérera l'épreuve, avec ses réussites et
ses échecs toujours constructifs?
Or nous savons tous que nous ne progressons que lorsque l'inattendu montre son
nez, nous oblige à sortir de l'ornière de nos certitudes. Nous ne progressons
que lorsque les tests et épreuves que l'on nous fait passer, réussis ou
totalement contre-performants sont vécus, non pas comme une définition figée de
notre personne dans le regard d'autrui, mais restitués à " leur fonction
première de soutien et d'initiation de processus".
- Une culture de la critique qui est vécue " comme une épreuve " par l'élève.
Bien souvent, l'écoute empathique de l'enseignant, la re-formulation des
craintes exprimées par l'élève dans telle ou telle situation suffisent à
transformer une critique pouvant être vécue de façon dévalorisante en véritable
tremplin.
Tout tient en deux petits mots " Accueil" et " Bienveillance". Accueil des
fragilités de l'autre, de ses maladresses, de sa difficulté à s'exprimer,
accueil de NOS propres fragilités.
Mais ce respect de l'autre, cette empathie qui nous permet de rester ouverts aux
plus rudes formulations ne peuvent exister que si nous sommes reliés à
nous-mêmes, " A ce qui nous habite, tant sur le plan corporel, qu'émotionnel et
intellectuel. La capacité à manifester notre propre vulnérabilité est vue en
Communication non violente comme le contraire d'une faiblesse." Ceci va bien sûr
"à rebours des schémas culturels contemporains. (...) La tranquillité dans les
situations difficiles ne sécurise que quand elle est le résultat d'un processus
d'accueil de notre vulnérabilité et de prise de conscience de nos émotions."
La formulation de notre colère, par exemple, peut devenir " cadeau de vérité,
pour autant que nous parvenions à l'exprimer de façon constructive" et non
culpabilisante.
Que serait une école qui éduquerait sans punition ni récompense?
Elle favoriserait chez chacun le plaisir d'habiter son propre corps.
En particulier en créant des espaces ou rituels qui exauceraient le besoin de
bouger en classe ( rondes de réflexion ).
Elle proposerait entre les temps d'apprentissage des temps de défoulement ou au
contraire relaxation, au cours desquels seraient partagés les ressentis
physiques et leurs messages. Notre société devient visuelle, au détriment de
tous nos autres sens que sont le tact, le goût, l'odorat, l'ouïe. Créer avec les
enfants des cartes sensorielles, sonores, olfactives, de leur environnement est
très enrichissant pour leur développement.
Elle animerait des ateliers pour développer les sens du rythme ou de la danse.
Elle aiderait les enfants à se fabriquer un abécédaire émotionnel, sans refouler
ce qui est habituellement considéré comme "mauvais sentiments": ennui, colère,
frustration, peur.
" J'ai le souvenir joyeux d'une expérience dans un camp de vacances. Pour
initier les enfants à l'expression des sentiments, nous avions peint un grand
cercle où, à différentes émotions, correspondait une couleur. Avant la réunion
quotidienne, chacun se peignait le visage en suivant ce code, les teintes
représentant la ou les sensibilités de l'instant."
Elle valoriserait l'étonnement et la surprise. Elle établirait sans cesse des
liens entre les différentes matières enseignées. Elle cultiverait cet élan
formidable qui a permis à l'enfant d'apprendre, sans programme, sa Langue
maternelle les premières années de sa vie. Elle se fonderait donc, non pas " sur
les visées d'un état, mais sur les besoins individuels des élèves et des
enseignants."
Si l'éducateur reste en liaison avec ses propres élans, avec les rêves qui ont
nourri sa vocation, s'il peut être lui aussi accueilli dans les moments où il
éprouve le besoin de se poser, de se ressourcer, il entraînera naturellement ses
élèves " dans la joie d'explorer".
Mais cette joie d'explorer ne restera vivante que dans " un cadre riche, ouvert,
incitatif, avec bien des outils et des sujets d'exploration mis à disposition.
Le moins possible de pression vers un but, tant qu'un écolier n'a pas choisi une
direction claire, parce que les contraintes suscitent une résistance
proportionnelle à la force exercée. Cela ne veut pas dire que la notion
d'objectif est abandonnée, mais ceux-ci sont évolutifs et doivent rester au
service de la démarche d'apprentissage. La construction de cerf-volants n'a pas
plus ou moins de valeur que la trigonométrie, pour autant que la matière soit
abordée avec passion et que le contexte permette d'en faire germer les acquis."
Et pour que le germe pousse, nous dit l'auteur, le savoir ne doit pas être
ingurgité sans commentaires, car il devient alors certitude donnée d'en haut,
croyance qui fige la merveilleuse plasticité de l'intelligence enfantine.
L'école mettrait l'accent tout autant sur l'apprendre que sur le désapprendre,
le mémoriser que l'oublier, sur le rapport à la surprise et sa fécondité.
Observer devrait selon l'auteur devenir une des priorités de l'école. L'enfant y
cultiverait un rapport rigoureux avec la réalité.
Bien sûr se pose la questions des limites que l'on donne à l'enfant dans le
souci de son bien-être et sa sécurité, aussi bien à la maison qu'à l'école.
L'enfant a besoin de ne pas sentir menacées son intégrité corporelle ou
psychique. Des règles claires mises au seul service de la vie suffisent souvent,
pourvu que celui ou celle qui définit les limites à ne pas enfreindre soit au
clair avec ses motivations à les poser.
L'enfant est très sensible aux contradictions entre ce qui est dit et ce qui est
manifesté. Une règle sera bien plus aisément appliquée et sans faire violence si
celui qui l'édicte en exprime clairement les raisons profondes: " Je tiens à ce
que tu ailles au lit à neuf heures parce que j'ai besoin de me reposer à partir
de cette heure là."
Souvent le parent ( ou l'enseignant) trop directif, face à l'échec de ses règles
trop pressantes, finit par sombrer dans le laxisme. Une pédagogie parentale ou
enseignante non directive s'appuie sur la clarté de la circulation des
informations, la confiance réciproque, et contre toute attente, un nombre plus
grand de repères. En effet, " ce n'est pas au niveau du faire, mais au niveau de
l'être, que les limites vont acquérir toute leur puissance".
C'est par l'exemple dans toutes les situations de vie que l'enfant va comprendre
l'utilité pour lui et pour les autres des règles proposées. Elle peuvent être de
différente nature: transmission d'information, d'opinion, d'expression de notre
ressenti, de demandes concrètes et réalisables, de clarification des champs non
négociables, d'indication de la causalité liée à une action ( se brûler si on
touche le feu) etc.
Surtout, la parole doit être cohérente et tenue: l'adulte doit faire ce qu'il
dit et exprimer ce qu'il est/fait. Un parent qui menace son enfant de
l'abandonner dans le magasin s'il continue de trépigner pour avoir un jouet est
incohérent, excessif, et au bout du compte, perdra la confiance de son enfant et
le peu d'autorité qu'il pouvait exercer sur lui.
Les limites que nous posons à l'enfant pour l'aider à s'élever sans violence ni
récompense doivent:
- Lui offrir des renseignements nombreux, clairs et fiables
- Être en lien avec nos propres besoins, expliquées, évaluables
- La parole qui les porte doit être souple et accepter de se remettre en cause.
L'expérience pratiquée dans nombre d'écoles en Suisse montre que dans un espace
ouvert, l'enfant en échec ou en "non envie " se réinvestit très rapidement et
avec confiance dans les divers apprentissages proposés.
Une école non directive
- mettrait l'accent sur les élans et besoins des enseignants et élèves
- proposerait une grande fluidité dans l'évolution des règles et des rôles
- prendrait en compte l'être dans sa globalité émotionnelle, corporelle,
intellectuelle
- accueillerait avec empathie les conflits et besoins
- ferait prendre conscience systématiquement des conséquences de chaque acte
- se fonderait sur des prises de décision consensuelles
- favoriserait le co-apprentissage ( élève à élève, enseignant à élève,
enseignant à enseignant, élève à enseignant)
- proposerait des espaces de création artistique ou autres à ceux qui ne
voudraient pas, un temps, suivre les cours. Les enfants adorent jardiner,
cuisiner, coudre, ou s'occuper de petits animaux.
- ouvrirait l'espace de l'école aux interventions extérieures
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J'ai beaucoup aimé ce petit livre. Bien sûr, j'ai rencontré foule d'enseignants
qui vivaient déjà ainsi, partiellement ou totalement, très près de cette forme
de pédagogie. J'en ai rencontré d'autres, enfant ou adolescente ou même maman,
bien plus... rigides.
Il m'a ramenée aux temps assez lointains où j'animais des matinées musique dans
l'école primaire de mon village, bénévolement et en parfaite osmose avec les
instituteurs. Avec peu de moyens alloués, souvent payant de leur poche les
"outils " nécessaires au projet de classe, ces maîtres et maîtresses avaient
compris que toute éducation doit être mise au service... de la vie.